Jacques Capliez, patron de la briqueterie !

Jacques Capliez, patron de la briqueterie !

Qui allais-je voir en rencontrant Jacques Capliez ?
L'ancien maire de Viarmes ? : "De 1949 à 1957, j'ai habité l'Orme, ce qui m'a permis d'être élu conseiller municipal de Viarmes puis adjoint de 1952 à 1989 et, à la mort de Pierre Salvi dont j'étais le premier adjoint, maire de 1989 à 1990."
Le choriste fidèle de notre paroisse ? : "J'y vais dès que je peux mais ma femme, elle, y participe depuis 1935 ; à l'époque, avec Mme Madeleine Fremont, y chantaient également les jeunes filles qui suivaient le catéchisme. Aujourd'hui, ..." termine-t-il par un soupir.
Non, c'est le responsable de la briqueterie locale que je souhaitais interroger !

Né en 1924 à Saint Quentin, il a suivi dans cette ville les cours de l'Ecole professionnelle jusqu'en 1943. Après un engagement dans l'Armée de l'Air (1944-1945), il épouse, en 1949, Micheline Roger, fille d'Albert Roger qui, avec son pére Alexandre, avait fondé, en 1923, la briqueterie de Belloy-en-France dont une annexe se situait à l'Orme. En 1965, les bâtiments de l'Orme sont vendus à PIV et avec cet argent on modernise la briqueterie de Belloy-en-France. Cette même année, Jacques Capliez fonde avec son beau-frère, M. Paul Roger, la société ROCA.SA : "On n'avait plus le droit de mettre des noms propres comme dans les SARL; on a donc pris la première syllabe de nos deux noms !". Entre temps, il habitait, depuis 1957, la maison qu'il occupe toujours, en face de la briqueterie, après le départ de son beau-père. Cette société, cédée en 1994 à un briquetier belge qui s'en est peu occupé et l'a lui-même vendue à un industriel anglais, a été liquidée en 1998.

Parler de cette briqueterie avec Jacques Capliez, c'est un petit peu feuilleter un livre d'histoire locale mais cette histoire, il en a été l'un des acteurs majeurs !

Pour beaucoup, la briqueterie,  cela a été cette immense cheminée qui dominait notre village et ses environs et dont nombre de photos et de cartes postales portent témoignage :
"C'était vers 1985, le four ne fonctionnait plus depuis un certain temps mais on avait voulu conserver le symbole ! Or, en plein jour, vers 15h, un orage a éclaté, un orage normal mais au dernier éclair, la foudre est tombée : la cheminée a été pulvérisée ! Il n'y a eu aucun blessé alors que tout le monde était au travail. Cela a été la plus grande peur de ma vie !" se souvient M. Capliez.
En pleine activité, la briqueterie salariait plus de 50 personnes : un peu de Français (notamment des chauffeurs), mais surtout des Italiens et des Polonais puis des Portugais dont la grande majorité logeait sur place. Ils venaient d'abord seuls puis s'installaient avec leurs familles. Ils travaillaient à la briqueterie du 1er ou 15 mars (selon la météo) jusqu'à  fin septembre. Ensuite, ils faisaient trois mois en sucreries, dans les environs, puis se reposaient deux mois, les Italiens en profitant pour regagner leur terre natale. A l'époque, les Portugais venaient avec un contrat de travail, aprés beaucoup de démarches administratives.

La terre nécessaire à la fabrication des briques pleines se trouvait sur place, à Belloy-en-France, en limite de Saint-Martin-du-Tertre, sur une profondeur de 3 ou 4 mètres. C'était ensuite rebouché.
"C'était une terre à brique de grande qualité", affirme M. Capliez. "Elle était apportée par quatre wagonnets tirés d'abord par un cheval puis par un locotracteur. Ensuite un camion GMC a remplacé cet attelage".
Comment ne pas évoquer rapidement le four tunnel de 120 mètres de long qui, vers 1968, a remplacé le four Hoffmann. Il fonctionnait au gaz naturel : "Nous étions allés chercher le gaz vers la Croix Verte et l'entreprise a payé la canalisation sur laquelle s'est branché par la suite le sana de Saint Martin. Cela a représenté un très gros investissement mais cela a diminué les besoins de manutention, le temps de refroidissement des briques et les ouvriers qui subissaient une chaleur torride avec les fours Hoffmann ont ainsi connu de meilleures conditions de travail" se souvient l'ancien PDG de cette briqueterie ("la plus moderne d'Europe") qui fut la dernière de la région alors qu'il y eut jusqu'à 30 briqueteries à Domont !

A la "belle époque", les produits de la briqueterie étaient expédiés dans toute la France sur des camions puis des semi-remorques :
"Dans les années cinquante, un transporteur de Luzarches ayant un camion à bandage en caoutchouc à la place des pneus, livrait la brique aux entreprises, notamment à Saclay où la circulation permettait d'effectuer jusqu'à trois aller/retour par jour !". Une briqueterie voisine, la briqueterie Leclerc, dont le stock a été réquisitionné par les allemands pendant la dernière guerre, utilisait le train (un branchement de rails allait dans l'entreprise). Par contre, ROCA n'a jamais utilisé le rail pour ses expéditions.

Nombreux sont les belloysiens dont l'histoire personnelle est liée à cette entreprise.
C'est vraiment une page de notre histoire qui a été tournée avec la fermeture de la briqueterie ROCA !

Jean-Marie Bontemps