André FREMONT, un belloysien qui se souvient...

André FREMONT

Rencontrer André FREMONT et l'écouter parler, c'est ouvrir une page de l'histoire de notre village. Avec lui, nous remontons les années et retrouvons le Belloy-en-France du siècle dernier car des souvenirs, Dieu sait qu'il en a de nombreux.

Né à Belloy-en-France en 1929 ("C'est dans la pièce du dessus que ma mère m'a mis au monde" dit-il avec gourmandise en me recevant), dans une maison où avait vécu son grand-père qui l'avait lui-même obtenue, vers 1885, de son beau-père, le jeune André, aîné de quatre garçons, entre à l'école en 1934. "A l'époque, il n'y avait pas d'école maternelle, on entrait à l'école à 5 ans", précise-t-il. Il fait partie de la première génération d'enfants qui fréquentent notre école élémentaire actuelle. Il en suit les cours avec assiduité et obtient "à 12 ans et 4 mois" son certificat d'Etudes qu'il a passé à l'école des filles de Luzarches. Il continue d'y suivre les cours jusqu'à 14 ans, quand son instituteur lui dit qu'il serait bien plus utile dans les champs ! Il va donc travailler dans l'exploitation de ses parents mais, en parallèle, André suit trois ans de cours par correspondance pour obtenir un Brevet d'Aptitude professionnel dont il a passé les épreuves à Versailles. En 1954, il succède à son père à la tête de l'exploitation familiale de 22 hectares et y ajoute en 1964 un élevage de 23 vaches, ce qui lui permet la vente de lait au détail aux Belloysiens (activité qu'il poursuivra jusqu'en 2000).

De toute cette période, André FREMONT se souvient sans nostalgie mais avec beaucoup de précision. Ecoutons-le parler de notre village qui comptait 860 habitants en 1935, des bornes-fontaines où nos concitoyens de l'époque (du moins ceux qui n'avaient pas l'eau chez eux) allaient chercher de l'eau avec leur seau (une dizaine de bornes-fontaines desservaient le village : en face de la pharmacie, rue d'Epinay, à la mairie, etc.), des wagons chargés de briques (issues des stocks restants des établissements Leclerc, à côté de l'entreprise Roca), réquisitionnées par les Allemands pendant l'Occupation, qui partaient de la Gare de Belloy pour l'édification de forteresses le long de la côte normande. Il se rappelle aussi les labours avec l'attelage de six boeufs et les enterrements qu'il assurait, comme l'avait fait son père, avec un cheval ("En 1954, on faisait payer 10 francs pour un convoi !") et cela a duré jusqu'en 1973.

Bien entendu, pendant toute cette période, Belloy-en-France a bien changé : vers 1970, notre village atteint 1200 habitants, 1710 en 1975 et, en 2012, nous devrions frôler les 2000 ! Mais, pour André FREMONT, c'est la modernisation agricole (après la Libération) qui a été le facteur déterminant du changement de mode de vie de nos concitoyens. Auparavant, le travail existait sur place, dans des entreprises comme la passementerie mais aussi dans l'agriculture : c'est à la main que l'on éclaircissait puis arrachait les betteraves, que l'on cueillait les petits pois, que l'on "faisait" les chardons dans les céréales. Il y a eu jusqu'à 13 fermes dans notre village. Donc, beaucoup d'emplois, souvent saisonniers, souvent pour les femmes dans notre village. Mais l'arrivée du nouveau matériel agricole (André FREMONT se souvient que le Plan Marshall a permis de se procurer les premiers tracteurs Fergusson 25 cv pour 7500 francs) a supprimé de nombreux emplois et a obligé les Belloysiens à chercher du travail à l'extérieur, notamment à St Denis et Paris.

Mais André FREMONT ne se contenta pas d'être cet agriculteur dont l'exploitation agrandie à 86 ha a été reprise par son fils en 1996, il fut ausi un Belloysien très actif : trompette d'harmonie puis chef de musique de la fanfare de Belloy (jusqu'à 50 exécutants) entre 1954 et 1959, pompier volontaire dans l'unité de Belloy ("Ce sont les cloches qui appelaient les pompiers et rythmaient la vie de notre village") et, bien entendu, conseiller municipal de 1959 à 1971, 1er adjoint au Maire (M. NIVIERE) de 1971 à 1977 et Maire de notre commune entre 1983 et 1995. De ces différents mandats, les souvenirs sont nombreux mais ce dont il est le plus fier, c'est d'avoir fait réaliser - sans emprunt, ajoute-t-il,-  l'assainissement de notre village et d'avoir reçu, le 21 novembre 1987, Alain POHER, alors Président du Sénat qui lui a remis l'une de ses nombreuses décorations et distinctions.

Mais arrêtons-nous là car c'est tout un livre qu'il faudrait écrire pour retracer le parcours unique de cet belloysien très actif.

Jean-Marie BONTEMPS